Alors que d'immondes pirates mettent en danger notre sacro-saint petit écran à coup de téléchargements illégaux, un homme, un surhomme que dis-je, se dresse seul pour défendre la ménagère de moins de quarante ans et les CSP+. Ce héros se nomme: El programator.
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lundi 14 octobre 2019

Joker

Aujourd'hui il est plus que temps de parler clown tueur. Rassurer vous, ce n'est pas d'un énième film sur ça dont je vais vous parler mais bel et bien du phénomène JOKER.






Date de sortie : 9 octobre 2019
Durée : 2h 02min
Réalisateur : Todd Phillips
Casting : Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz
Genre : Drame
Nationalités : Américain, Canadien

Synopsis :

Malheureux handicapé sans histoire, Arthur Fleck se retrouve progressivement mis au ban d'une société en déclin, une situation qui le pousse à craquer et à endosser le costume du Joker.

Critique :

J'imagine qu'il est inutile de présenter le Joker, il s'agit de l'emblématique ennemi de Batman déjà incarné au cinéma par pas moins de 3 acteurs : l'inoubliable Jack Nicholson, l'impressionnant Heath Ledger et l'inattendu Jared Leto. Autant dire que du Joker, on en avait bouffé jusqu’à la nausée et que nous n'en attendions pas vraiment un de plus.
Ce qu'il faut ajouter, c'est que ce film est le nouveau de Todd Phillips un réalisateur que vous connaissez forcément pour Very bad trip et qui est plutôt spécialisé dans les comédies de potes même si la dernière était déjà plus cynique et engagée (le très bon War Dogs ). Autant dire que l'adéquation sujet/réalisateur avait tout pour être inquiétante surtout que les films DC ne se sont guère illustrés par leur qualité ces dernières années.
Autant clarifier un point tout de suite, les fans Hardcore de Batman vont hurler. Le réalisateur a fait le choix de n'adapter aucune histoire connue préférant faire sa propre proposition. Il est d'ailleurs à noter que cette proposition n'est pas antinomique avec les origines "officielles" Arthur Fleck pouvant être l'inspiration du Joker qu'on connait. J'y reviendrait plus tard.
Concernant l'histoire, elle fera beaucoup penser à Taxi driver, une référence assumée du réalisateur, car on se retrouve rigoureusement sur les mêmes thématiques. Certaines scènes évoque même le film culte, Joker apparaît en fait comme une réactualisation du classique de Scorcese. Si le réalisateur s'en défend, le film est particulièrement engagé puisqu'il nous montre comment notre société vire au cauchemar par la faute d'une élite complètement déconnectée des réalités du monde. Soit le réalisateur est complètement abruti, soit c'est un immonde opportuniste, soit il prend le parti des divers mouvements qui troublent notre société depuis plusieurs années, d'Occupy Wall-Street aux Etats unis aux Gilets Jaunes en France. Il ne serait d'ailleurs pas étonnant, à l'image du masque de Guy Fawkes pour V for Vendetta, que des masques de clown commencent à fleurir dans la rue.
Vous l'aurez donc compris, Joker n'a rien d'un film de super héros, c'est un drame social et voici donc venir l'élément qui pourra le plus bloquer les spectateurs : la lenteur.
Pour donner corps à la dégringolade de son personnage et conférer une ambiance moribonde à son histoire, le réalisateur a opté pour un rythme plutôt lent et sur une absence d'action. Autant vous dire qu'il y a très peu de violence dans le film, il n'y a en fait qu'une scéne qui aurait pu passer inaperçu dans un tas de film américain mais devient ici d'une violence rare car elle est totalement inattendue.
Pour porter le film, Joaquin Phoenix (The sisters brothers, Her, etc) nous livre une prestation intense qui n'a absolument pas à rougir de celles de ses prédécesseurs. A noter que c'est la deuxième fois que l'acteur incarne un rôle proche de Travis Bickle (Taxi driver) puisque c'était déjà le cas dans A beautiful day, tout aussi  acclamé mais moins réussie à mon sens.
C'est également un plaisir de voir De Niro en présentateur de Talk Show, d'autant que le choix de l'acteur n'a rien d'innocent, l'opposition ente Phoenix et De Niro n'étant pas sans évoquer celle de Henry Fonda est Terrence Hill dans Mon nom et personne et ainsi l'évolution de l'industrie du cinéma. (en l’occurrence, je ne suis pas convaincu que le changement soit aussi marqué mais ça n'en reste pas moins intéressant).
Niveau réalisation, c'est un régal, les images sont superbes, la bande son est au top et la reconstitution de l'époque réussie. On pourra pester de ne pas retrouver le Gotham comme on le connait, mais je vois cela comme une genèse de Gotham, la ville est en train de pourrir et donnera 10 ans plus tard la célébré sombre cité. Les fans prendront d'ailleurs plaisir à chercher les nombreux clin d’œil aux précédentes œuvres car le réalisateur a clairement potassé son dossier.
Alors, est-ce que Joker est un bon film ? Oui, indubitablement, c'est une vision puissante du personnage et un film qui aurait pu se suffire à lui même sans être intégré dans l'univers de Batman et c'est ici le seul vrai reproche que je ferais. Joker à le cul entre deux chaises, il a la volonté d'être un film fort et indépendant mais reste un film de studio. Et on ne peut pas faire un brûlot engagé en faisant un film grand public, ce n'est pas possible, le réalisateur se retrouve donc obligé de faire des concessions comme cette fin un peu bâtarde qui peut permettre d'intégrer le film comme on veut dans l'univers que l'on veut et qui évite au réalisateur de se mouiller vraiment. Un beau moment de cinéma mais une petite déception même si ce Joker est au films DC ce que Logan était à la franchise X-men.

Précision: J'ai vu quelques fausses polémiques avant même la sortie du film je tiens donc à préciser que le film ne fait pas du Joker un héros tragique, il montre un pauvre type qui pète un plomb parce que la société l'a abandonné. Le propos n'est pas de justifier sa violence mais bien de mettre notre société face à son manque d'humanité et aux conséquences que cela peut avoir.



Conclusion :

les influences sont indéniables, on est effectivement proches d'un Taxidriver nouvelle génération et très loin du Batman de Tim Burton mais ce Joker est  un inquiétant reflet de notre société. Un film sombre qui donne à réfléchir, en espérant qu'il ne soit pas trop tard.

mercredi 9 octobre 2019

Bacurau

J'imagine que vous n'avez jamais entendu parler de Bacurau, j'ai moi même, et malgré son prix du jury à Cannes, découvert ce film par accident mais vous me connaissez, j'aime ouvrir mes horizons, j'étais donc curieux de voir ce que ce "western futuriste" avait dans le ventre.




Date de sortie : 25 septembre 2019
Durée : 2h 10min
Réalisation : Kleber Mendonça Filho, Juliano Dornelles
Casting : Sônia Braga, Udo Kier, Barbara Colen
Genres : Drame, Thriller, Western
Nationalités : Brésilien, Français

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Synopsis :

Dans un futur proche, un petit village perdu au milieu de nulle part se retrouve la cible d'un groupe d'assassin.

Critique :

Faut dire que la bande annonce était intrigante et les promesses d'un film unique séduisante pour quelqu'un qui, comme moi, cherche a fuir le ronron Hollywoodien. Mais soyons clair, en grand fan d'Alejandro Jodorowsky (La danza de la realidad, Jodorowsky's dune, etc), je n'ai rien vu d'original ou de démesuré ici. On s'éloigne effectivement des canons du genre mais c'est à une démesure mole que l'on a affaire, a peine de quoi faire vaciller nos habitudes.
Pour autant le film ne manque pas de qualités. Il se base sur un type de film plutôt classique et affilié au Western ; le petit village au prise avec un groupe de bandit. Mais, là où dans les films Hollywoodien un mystérieux étranger (Clint Eastwood par exemple) aurait été engagé pour sauver le village c'est ici les villageois qui s'organisent pour résister. Et c'est une des forces de ce film, il est éminemment politique. Critique du pouvoir, du colonialisme, des dérives de notre société, Bacurau nous dresse le portrait d'un village résolu à ne pas se compromettre, un village de valeureux gaulois qui résiste contre l'envahisseur fut-il Brésilien aussi.
Bacurau nous propose donc un autre mode de vie, un monde plus humain, tourné vers l'autre mais qui ne se laisse pas marcher dessus pour autant.
Ainsi, si au vu de la bande annonce vous vous attendez à assister à un film d'action, vous serez déçu. L'action n'est qu'un prétexte (mais aussi un élément inévitable pour illustrer la lutte pour la survie), il doit y avoir 10 minutes d'actions sur 2h10 de films, le reste servant essentiellement à présenter le village et ses habitants. On fait ici plus face à un drame social mâtiné de thriller qu'a un western.
Niveau casting, si quelques figures se détachent du lot - Udo Kier (Downsizing, Nymphomaniac, etc) mon amour - on est ici devant un film chorale, la majorité des personnages sont importants car le film dénonce entre autre l'individualisme. Je ne connaissais aucun des acteurs mais le casting est vraiment bon et ça fais du bien de découvrir de nouvelles têtes. Je noterais essentiellement Sonia Braga fascinante en femme de poigne et Barbara Colen envoûtante.
Niveau réalisation, il y a quelques belles choses mais rien d'extraordinaire. Certains parti pris m'ont un peu bloqué. L'apparence du drone notamment, même si elle se justifie par l'histoire, donne un côté ultra cheap limite Ed Wood au film.
Dans l'ensemble, Bacurau est vraiment une bonne surprise par son aspect décalé. Je regrette toutefois que les réalisateurs n'aient pas pris plus de risque pour offrir une expérience de cinéma plus intense. Il y a un côté un peu tiède à l'ensemble qui jure avec la volonté de rébellion. A noter, n'allez pas voir ce film pour l'aspect SF, c'est une fumisterie, le réalisateur a juste ajouté "dans un futur proche" au début du film comme il aurait pu mettre "il était une fois". Le futur de Bacurau est tellement proche qu'il pourrait s'être passé il y a 10 ans.


Conclusion :

Un film original à la croisé des chemins mais qui parait bien fade lorsqu'on est familier de la filmographie de Jodorowsky.

vendredi 4 octobre 2019

Mariane

Aujourd'hui on bouscule un peu les codes puisque je ne vais pas parler cinéma mais série française. J'entame ma migration sur Netflix et au vu de mes dernières critiques celle-ci paraissait idéale pour une transition.





Depuis 13 septembre 2019
Réalisateur : Samuel Bodin
Casting : Victoire Du Bois, Lucie Boujenah, Tiphaine Daviot
Durée d'épisode : 45min
Nombre d'épisodes : 8
Genre : Epouvante-horreur
Nationalité : France

Synopsis :

Écrivaine désabusée, Emma Larcimont se retrouve obligée de retourner dans la ville de son enfance lorsqu'elle découvre que les histoires d'horreurs qu'elle écrit sont bien réelles et que ses proches sont en danger de mort.

Critique :

Pourquoi j'ai regardé Mariane ?
La raison est très simple, j'ai accidentellement découvert que c'était la nouvelle série de Samuel Bodin l'un des créateurs de la cultissime série française Lazy company. En tant que fan, je me devais absolument d'aller voir ce que donnait sa nouvelle série dans un genre très différent de ce qu'il avait déjà réalisé.
Après l'univers du film de guerre, Samuel Bodin s'attaque aujourd'hui à celui du film d'horreur et plus précisément d'un genre dont je ne connais pas vraiment le nom mais dans lequel on peut compter entre autre ça et Scary stories (et vous comprenez désormais ce qui me pousse à critiquer cette série :D ).
Je vais attaquer la critique avec mes petits reproches envers la série (restez jusqu'au bout car il n'y a pas que ça) avec un premier lieu un manque d'originalité puisque l'histoire est déjà vu et revu comme les deux films cités précédemment.
On retrouve donc la menace omnipotente qui habite les cauchemars (on pourra penser a Freddy Krueger aussi bien entendu) ainsi que la bande d'enfants qui lui fait face. Ici, les enfants ne seront que peu présent et uniquement sous forme de flashback pour justifier le groupe d'amis adulte et les tensions qui les divise. C'est d'ailleurs un des principaux reproches que je pourrais faire à la série. Le thème de la bande d'enfant est un thème très porteur. C'est d'ailleurs ce qui fait le principal intérêt de ça et de scary stories (si vous me lisez vous savez que la nostalgie est un outil puissant dont abuse le cinéma ces dernières années) , le fait de l'utiliser aussi peu dans Marianne rend l'histoire bien plus faible à mon sens. De mémoire, il faut attendre le troisième ou le quatrième épisode avant de voir "les gamins de l'épave", sur huit c'est énorme. D'autant qu'on ne verra pas forcément la bande dans les derniers épisodes. Il y a à mon sens un déséquilibre dans la narration qui rend l'histoire plus impersonnelle qu'elle ne devrait l'être en se concentrant beaucoup trop sur Emma. Un problème qui en rejoint un autre, la gestion des personnages. Plusieurs personnages ont un comportement qui ne se justifie que pour servir l'histoire. Je pense principalement au Curé et à Cam Cam. Deux personnages intéressants mais incohérents dont on peine à justifier l'utilisation.
Voilà, je pense avoir craché ma bile jusqu'au bout et j'espère n'avoir pas été trop écœurant car dans les faits, la série n'a pas à avoir honte. Elle tient parfaitement la comparaison avec les deux blockbusters cité plus haut sans pour autant avoir leur budget. Elle se paye même le luxe d'avoir plus d'originalité, notamment en ancrant l'histoire dans un imaginaire sous exploité, celui de la France et de son folklore et de réactualiser certains poncifs. Certes les gamins ne font pas de longues ballades à vélo pendant Halloween mais quelle joie de les voir courir sur la rade ou traîner dans une épave.
On notera également l'effort sur les personnages. Il y a encore quelques années Emma Larcimont aurait forcément été un homme. L'auteur torturé, bordeline et séducteur, c'est un archétype masculin. Quel plaisir de le voir ainsi associé à une femme et aussi bien interprété. On apprécie autant Emma qu'on la déteste. Même si son histoire est un peu facile, elle ne la rend pas moins attachante et on finit par souffrir avec elle de sa lutte contre Marianne, parabole intéressante des affres de la création.
Niveau casting, si j'ai découvert Victoire Du Bois avec beaucoup de plaisir, j'ai surtout follement apprécié de retrouver Alban Lenoir (Un Français, HeroCorp, etc) un de mes acteurs fétiches dans un rôle de policier à la ramasse. Il est drôle, touchant, intense, bref aussi bon que d'habitude et je regrette juste qu'on ne le voit pas plus que ça. Enfin, je terminerais mon tour du casting avec un petit mot pour Mireille Herbstmeyer proprement terrifiante en principale incarnation de Marianne. Ce choix était vraiment le plus intelligent, avec une réelle économie de moyen le méchant n'en reste pas moins perturbant et glaçant. Le maquillage et les fxs ne font pas tout, il suffit parfois d'avoir le bon acteur.
Je terminerais avec un petit mot sur la réalisation. C'était déjà le point fort de la Lazy company (enfin, ça et l'humour), le réalisateur avait réussi à rendre une ambiance marquante avec 3 tentes dans une forêt. Ici, si le budget semble plus conséquent, on constate qu'il réussit une fois de plus à faire beaucoup avec peu. Pas de débauche d'effets spéciaux, pas de scène d'actions spectaculaires juste des plans travaillés, des ambiances oppressantes et de bonnes idées (un peu l’antithèse du combat avec une araignée géante, si vous voyez ce que je veux dire). On notera notamment l'utilisation des livres pour les récap, les transitions ainsi que le séquençage en chapitre très cohérent au vu de l'histoire. Le tout est accompagné d'une excellente bande son de Thomas Cappeau, fidèle de Lazy Company. On reconnaîtra d'ailleurs le style western de la lazy dans un des morceaux plus dynamique.
Pour finir, je dirais donc que si Marianne n'est pas la série du siècle ça n'en reste pas moins une bonne surprise. Même si l'histoire semble terminée, je serais curieux de voir ce que donnerait une seconde saison car l'univers posé peut facilement être étendu et Samuel Bodin a déjà prouvé qu'il était à l'aise avec des univers plus ambitieux tant dans l'histoire que dans la réalisation. J'avoue que j'aimerais vraiment voir ça. En attendant, cette saison est plutôt agréable même s'il n'y a pas grand chose de neuf dans le petit monde des films de possessions. N'hésitez pas à soutenir la série, je rappelle que ce genre de projet en France est très compliqué à monter car nos producteurs ne croient pas dans le film/série de genre, c'est en prouvant que nous sommes demandeur que nous pourrons avoir des propositions de plus en plus ambitieuses.


Conclusion :

Le genre est assez classique mais l'histoire est relativement efficace et surtout c'est tellement rare de voir ces choses en France que c'est très dépaysant. On appréciera aussi le personnage principal plutôt atypique.