Alors que d'immondes pirates mettent en danger notre sacro-saint petit écran à coup de téléchargements illégaux, un homme, un surhomme que dis-je, se dresse seul pour défendre la ménagère de moins de quarante ans et les CSP+. Ce héros se nomme: El programator.
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lundi 26 juillet 2021

Grave

 Cela faisait des années que je voulais le voir, il quitte la plateforme Netflix ce samedi, est-ce qu'il faut se dépêcher de regarder Grave ou pas ? C'est ce que nous allons voir.




Date de diffusion : 2016
Durée :  1h39
Genre : Drame, Angoisse,
Réalisation : Julia Ducournau
Casting : Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Nait Oufella
Nationalités : France

Interdit au moins de 16 ans

Synopsis :

Comme ses parents et sa grande sœur avant elle, Justine intègre la prestigieuse école de vétérinaire Saint-Exupéry. Soumise à une pression inimaginable, son corps subit des bouleversements brutaux et la pousse à consommer de la chair humaine.


Critique :


Il y a presque deux semaines sortait sur les écrans Titane, le deuxième film de Julia Ducournau. N'étant pas pressé de le voir au point de me coller un pcr dans le pif, j'ai eu envie de vous parler de Grave, son premier film, qui quittera la plateforme Netflix samedi 31 juillet.

Normalement, vous avez dû entendre parler de ce film, il avait beaucoup fait parler de lui à l'époque, d'une part parce qu'il critique les bizutages et d'autres part parce qu'il flirte avec le cinéma d'horreur. Certains qualifie d'ailleurs le film de film d'horreur, je ne le ferais pas car ce serait décevoir les fans du genre en créant des attentes stériles.

Bref, Grave est un drame qui nous conte la lente décente en enfer d'une jeune utopiste confrontée à

l'impitoyable réalité de notre société. Soyons clair, le film est particulièrement oppressant. Cela commence avec de petites choses, comme des situations gênantes, des remarques déplacés ou des injonctions de groupe. Et ça devient de plus en plus malsain. Mieux vaut avoir le cœur bien accroché car en 1h39 vous aurez largement le temps d'être dégouté du corps médical. Personnellement ce ne sont pas les passages "gore" de cannibalisme qui m'ont perturbé mais bien toute cette violence sociale sous-jacente. Ami végétarien, accroche toi à ton slibard car tu risques de te manger un condensé de toute ta vie en moins de 2h et ce ne sera pas des plus agréable.

En terme d'écriture, c'est assez remarquable et c'est appuyé par un travail de l'image plutôt soigné avec quelques réel moment de grâce. Le rythme est un peu lent mais ça colle parfaitement à l'ambiance et surtout, vu la violence du propos, un rythme plus soutenu aurait rendu le film particulièrement indigeste.

Niveau casting, pour un premier rôle, Garance Marillier est admirable. Elle affiche la fraicheur et la fragilité d'une débutante mais l'on sent bouillir la bestialité latente propre à l'histoire. Ella Rumpf (Freud, etc) un peu plus expérimenté est au contraire un véritable volcan, une boule de rage et leur duo fait des étincelles.

Enfin, seul rôle masculin vraiment important, Rabah Nait Oufella campe avec un charme l'ami ambigu mais je suis juste sceptique sur la gestion de l'homosexualité du personnage, je trouve le message un peu confus.

Dans l'ensemble, j'ai passé un excellent mauvais moment devant ce film, pour son premier essai Julia Ducournau n'hésite pas à prendre des risques et à livrer une œuvre déstabilisante et engagée. Tout n'est pas parfait, quelques détails me gênent (comme la fin qui pour moi noie un peu le message) mais Grave est un bon film qui s'accapare intelligemment certains codes des films de vampires ou de zombies (la lutte contre la faim de l'autre). Une chose est sûre je n'en ai que plus envie de voir Titane qui semble visuellement encore plus fou.



Conclusion : 

Un premier film brillant qui dénonce les pressions sociales avec la gravité nécessaire à ce sujet parfois éludé.

vendredi 23 juillet 2021

Comment je suis devenu super héros

Cela faisait longtemps que j'en entendais parler, il devait sortir en salle depuis l'année dernière et finalement le covid aura eu raison de sa diffusion. Voyons ensemble si ce film de super héros à la française méritait une sortie salle ou s'il a finalement bien trouvé sa place sur Netflix.


Date de sortie Netflix : 9 juillet 2021
Genre : Policier, super héros
Réalisateur : Douglas Attal
Casting : Pio Marmaï, Vimala Pons, Leïla Bekhti, Benoît Poelvoorde 
Durée : 1h41

Pays : France


Synopsis :

Dans un monde où les super-pouvoirs font partie du quotidien, un policier solitaire va devoir travailler avec une nouvelle coéquipière pour contrer un trafic de drogue conférant des super pouvoirs.

Critique :


J'aurais bien voulu dire que Comment je suis devenu super-héros est un film original mais malheureusement ce n'est pas le cas. D'une part parce qu'il y a presqu'un an sortait Project Power sur Netflix, d'autre part parce que vient de sortir Major Grom (dont je vous parle la semaine prochaine) sur Netflix et enfin parce que le super héroisme en mode policier a déjà été traité en comics dans des chefs d'œuvre comme Powers de Michael Bendis ou Top Ten de Alan Moore. Originalité n'est pas qualité mais cela aurait été un plus pour affronter les mastodontes dont les états-unis nous abreuvent année après années et qui bénéficie de moyens que la France n'aura jamais. Las, non seulement le sujet n'est pas original mais surtout le traitement l'est encore moins. Entre le vieux flic solitaire qui rumine la perte dramatique d'un coéquipier et la petite nouvelle qui le trouve con mais qui va quand même tomber amoureuse, on se demande si on peut s'enfoncer plus lourdement dans les poncifs. 

Pourtant, il y avait des efforts, à commencer par les images, plutôt léchées, qui nous dépeignent un Paris à la fois ordinaire et inhabituel. La façon dont les super pouvoir s'intègrent dans le quotidien est plutôt bien vu même si l'idée aurait pu être poussée encore plus. A noter que si le budget n'est pas faramineux il suffit tout de même à offrir des effets spéciaux de qualité et bien dosé. Le final ne pourra pas être aussi spectaculaire qu'un Marvel mais cela reste tout de même très honnête et dcohérent avec le reste du film.

La grande force du film, c'est quand même ce casting impeccable et vraiment original. Je pense que je n'aurais jamais imaginé aucun des acteurs choisis jouant dans un film de super héros et pourtant ils s'y intègre à merveille. 

Si son personnage est ultra cliché Pio Marmaï (Santa & cie, Maestro, etc) n'en reste pas moins éminemment sympathique et très crédible en idéaliste renfrogné. A ses côtés Vimala Pons (Elle, Enfermé dehors, etc) s'illustre avec une certaine fougue, même si l'on regrettera l'évolution mièvre et peu motivé du personnage. Leïla Bekhti (La flamme, le grand bain, etc) rempli a merveille le costume de super héroïne, elle est parfaitement crédible dans les scènes d'actions, son partenaire Benoît Poelvoorde (Au poste, Le grand soir, etc) est un peu trop enfermé dans ses habitudes (la scène du médecin notamment sonne un peu faux) mais le personnage est touchant dans sa fragilité et son envie d'aider. Enfin, Swan Arlaud (Grace à Dieu, Xanadu, etc) fait un super méchant dément à souhait même si un peu cliché dans sa folie.


A noter qu'Adrien Prevost a fait un très beau boulot sur la musique.

Globalement, le film se regarde bien, le rythme est soutenu et l'humour aide à faire passer les faiblesses. Je n'ai pas passé un mauvais moment devant mais il arrive un peu tard avec une proposition sans grande valeur ajoutée. L'histoire aurait mérité plus d'originalité et surtout plus de soin à l'écriture. La romance est complétement bancale. L'héroïne n'a aucune raison de tomber amoureuse, hormis que le héros lui sauve la vie, car il se comporte comme un connard tout du long. Triste message a relayer en 2021.

Une curiosité sympathique mais pas inoubliable toutefois pour un premier film Douglas Attal n'a clairement pas à rougir en tant que réalisateur et je suis curieux de voir ce qu'il réussira à faire par la suite.




Conclusion :

Une sympathique variation de l'univers des super héros mais qui aurait gagné à être moins convenue.

mercredi 21 juillet 2021

Kaamelott : Premier Volet

C'est probablement LE film français le plus attendu, plus de 200 000 place en avant première, et je suis de ceux là. Voyons ensemble si vous allez regrettez de ne pas avoir vos deux injections de vaccins.




Date de diffusion :  21 juillet 2021
Durée :  2h
Genre : heroic-fantasy, humour
Réalisation : Alexandre Astier
Casting : Alexandre Astier, Audrey Fleurot, Sting, Alain Chabat

Nationalités : France

Synopsis :

Voilà 10 ans que Lancelot a pris le pouvoir et ravagé le royaume de Logre. Pourtant, jamais il n'a réussi a capturer les chevaliers de la table ronde et encore moins Arthur que beaucoup croient mort. Pourtant, l'ancien roi est sur le point de réapparaitre.

Critique :


Soyons clair, je ne suis pas fan de Kaamelott. Si je suis allé à l'avant première c'est que j'ai la chance, ou la malchance, d'avoir épousé une fan. Pour ma part j'ai mis longtemps à me mettre à cette série. Comme beaucoup j'étais tombé dessus au hasard d'un zapping sur la 6 lors des premières diffusions. J'avais trouvé ça lourdingue, dans la ligné d'un caméra café et n'avait pas insisté. J'ai pourtant dû accepter de regarder une saison entière pour éviter de finir célibataire et je me suis pris au jeu. L'humour de Kaamelott fonctionnait sur la longueur, dans la récurrences, et dans la façon dont Alexandre Astier construit ses nombreux personnages. Et surtout, loin de rester la petite pastille un peu débile qu'elle semblait être, la série gagnait progressivement en profondeur à mesure que l'auteur/réalisateur/compositeur/dialoguiste/acteur/monteur/éclairagiste/peintre en bâtiment Alexandre Astier y injectait ses tendances dépressives. 
A ce titre, la saison 5 est ma préférée, c'est sans nul doute la plus sombre mais c'est pour moi l'essence
de ce qu'est Kaamelott. La saison suivante, plus ambitieuse et tournée dans les décors de la série HBO Rome était à mes yeux bien moins réussi, Alexandre Astier se laissé déborder par son projet, incapable de déléguer son bébé, ses limites en tant que réalisateur crevait l'écran (j'ai eu l'occasion de voir la saison au grand rex). Passer de petites virgules en plan fixes a des longs épisodes en mouvement, c'est un sacré changement et ici même le rythme était moins maitrisé. Le comble, c'est que même les musiques, le vrai travail d'Astier à l'origine, semblaient bâclées (et non pas Bachelet, ça c'est année 80). Et ça c'était en 2012. Il aura fallut presque 10 ans pour que le réalisateur puisse enfin sortir en salle la suite de son histoire. Le format change une fois de plus puisque de pastilles à épisodes de séries, on passe à une trilogie de long-métrages. Cela peux vous sembler anecdotique mais chaque format à ses codes d'écritures car cela correspond à des rythmes très différent. Pour faire une comparaison audacieuse, ce n'est pas parce qu'on sait faire de beaux haikus qu'on peut écrire un bon roman. Le budget semble également avoir explosé (15 millions) mais Alexandre Astier a-t-il réussi à brandir Excalibur plus haut que jamais où plante-t-il l'épée si profond dans le rocher que personne ne pourra l'en ressortir.

Pour tout vous avouer, le début du film m'a vraiment bluffé. La musique est haletante, les images sont somptueuses, Guillaume Galienne est parfait dans son rôle de chasseur de prime. Un personnage simple et efficace qu'on a envie de suivre. Puis vient Clovis Cornillac, tout aussi juste et le film entame une quête haletante à la recherche du roi Arthur. Une quête qui trahit un peu la fin de la saison 6 mais admettons ça fonctionne. L'arrivée de Chabat continue de provoquer mon émerveillement, certes ça manque d'action, mais c'est rythmé, c'est drôle et c'est presque tout ce qu'on peut espérer de Kaamelott au cinéma. Et malheureusement c'est à peu près tout ce qu'il faudra en attendre car aussi vite qu'il est monté le soufflet retombe. A mesure que les acteurs historiques de la série remplissent l'écran la lourdeur s'installe dans la salle, à l'image de cette insoutenable scène ou Perceval et Karadoc doivent faire le guet. C'est long, très long, trop long. A l'image de ces flashbacks sans saveur, qui tombent comme des cheveux dans la soupe et qui n'apportent quasi rien. De la rétrocontinuité à peu de frais pour nous aider à cerner le mystère Arthur. Personnage tellement complexe qu'on en vient à se demander si Alexandre Astier le comprend encore.
Et je vous passe les scènes d'actions, toujours filmé avec les pieds et sans cohérence (ce duel final, c'ets moi que j'aurais aimé qu'on achève), je ne vous parle pas de ces plans aériens de champ de bataille avec des texture digne d'une Nintendo 64.
Alors tout n'est pas à jeter, il y a quand même un beau casting. J'ai découvert avec beaucoup de plaisir Jehnny Beth dans le rôle d'une
meneuse Saxonne. Sting est tout aussi cool et en fait, tout ce qui tourne autour des saxons (combat mis à part) est plutôt réussi. Il y a aussi un beau boulot sur les costumes même si les choix sont parfois étrange. Celui de Lancelot notamment est difficilement compréhensible sauf à vouloir ridiculiser le personnage. Ce qui n'est pas exclu vu son inutilité dans l'histoire. L'acteur traverse le film comme un fantôme sans jamais rien impacter. On retrouvera l'essentiel du casting de la série (même si je reste étonné de l'absence de Simon Astier) et on ne s'étonnera pas vraiment de constater le manque flagrant de diversité du casting. Le film a beau aller aux quatre coins du monde, il semble difficile d'y trouver des racisés.

A noter qu'en septembre 2020 sortait Brutus versus César de Kheiron, rigoureusement sur le même créneau. Si el film est loin d'être une réussite, il faut reconnaitre qu'il s'en sort mieux que Kaamelott sur de nombreux points : humour, scènes d'action, diversité. A choisir, je vous conseille clairement de profiter de votre canapé et de prime vidéo.


J'aurais voulu adorer ce premier film Kaamelott, je l'ai attendu longtemps, j'y ai cru car Astier est le seul à avoir réussi à faire de l'Héroic fantasy en France (enfin y a nous aussi mais on a clairement pas la même notoriété, ni le même budget :D ) mais l'ensemble manque beaucoup trop de maitrise. Même scénaristiquement, ça s'enchaine mal, les personnages ne sont pas cohérent, les résolutions sont grossières, etc. Vu tout le retard accumulé par le film, ce n'était pas le temps qui manquait pour retravailler le scénario.(mais vu qu'il est le seul à bosser dessus....)

Je ne doute pas que le film marchera et que les fans apprécieront, tout ce que j'espère c'est qu'Alexandre Astier saura se faire entourer pour la suite (Il a déjà Alban Lenoir au casting, qu'il l'embauche pour chorégraphier ses bastons) et qu'il proposera enfin un spectacle à la hauteur de la légende qu'il peine à bâtir.


je met 3 zapettes parce que c'est un film français, mais le 2 zapettes me démange vraiment

Conclusion

A vouloir tout faire, on ne fait rien. Alexandre Astier n'est pas un réalisateur, il le prouve une fois de plus. Il a surement de très belles choses à raconter mais tant qu'il ne saura pas se faire aider ça restera indigeste. Triste résultat après 10 ans de lutte.