Alors que d'immondes pirates mettent en danger notre sacro-saint petit écran à coup de téléchargements illégaux, un homme, un surhomme que dis-je, se dresse seul pour défendre la ménagère de moins de quarante ans et les CSP+. Ce héros se nomme: El programator.
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vendredi 14 juillet 2017

Memories of murder

Avec la sortie d'Okja, je vous parlais il y a peu d'un de mes réalisateurs préférés : Joon-Ho Bong. Puisque le film qui la fait connaitre en France vient de ressortir, impossible pour moi de ne pas sauter sur l'occasion pour vous en parler.





Date de reprise 5 juillet 2017 - Version restaurée
Date de sortie 23 juin 2004
Durée : 2h 10min
Réalisateur : Joon-Ho Bong
Casting : Song Kang-Ho, Kim Sang-kyung, Hie-bong Byeon
Genre : Policier
Nationalité : Sud-Coréen

Synopsis:

Fin des années 80 dans la campagne à Gyunggi en Corée du sud. La province est confrontée à une violence inédite avec l'apparition d'un tueur en série. Dépassée, la police reçoit l'aide d'un détective de Séoul. Loin de faciliter les choses, la tension entre les policiers compliquera une enquête déjà difficile avec les moyens de l'époque.


Critique:

Memories of murder est le deuxième film de Joon-Ho Bong ( Snowpiercer, The host, etc), il est sorti en 2004 en France et marque l'arrivée du cinéma Coréen dans nos contrées avec des chefs d'oeuvre comme Old Boy, The chaser ou Le bon, la brute et le cinglé. Ce qui frappe avant tout dans ce film c'est une ambiance radicalement différente de ce qu'on avait pu voir jusqu'alors. En effet, le cinéma coréen n'hésite pas à montrer des choses très sombres, vraiment malsaine, tout en les associant avec un humour décalé qui ne sera pas sans nous évoquer les mangas et les dessins animés de notre enfance. Ceci, couplé à un jeu parfois outrancier (simple point de vue dû à la barrière culturelle) donne un aspect parfois grotesque à leurs films pourtant terriblement sérieux.
Dans le cas présent, le personnage principal est un peu pataud, un peu peureux et un peu idiot. Un policier qui prête à rire donc dans la ligné de nos Gendarmes à St Tropez mais qui ne voit aucun problème à falsifier les preuves ou torturer les témoins (même s'ils n'ont pas du tout l'air dangereux) pour atteindre son but. Plus que d'une histoire de tueur en série, le film nous parle d'une police d'un autre temps qui peine à s'adapter au nouveau monde. Une police d'état propre aux dictatures (le film fait d'ailleurs références aux émeutes qui ont fait tomber le régime Coréen) dont les méthodes sont dépassées. Et c'est une autre qualité de ce film, la reconstitution pointilleuse des années 80 en Corée, reconstitution d'autant plus frappante lorsque le film fait un bond dans le temps pour arriver dans les années 2000.
Plus qu'une reconstitution pointilleuse, c'est une réalisation de grande qualité auquel on a affaire avec des plans superbes et des ambiances qui n'ont rien à envier au travail de Darius Khondji sur Seven.
Le scénario de Memories of Murder est basé sur un fait divers. L'auteur l'a enjolivé un peu, notamment en détaillant la vie des inspecteurs, mais l'ensemble est très réaliste tout en restant passionnant. La force de l'histoire réside dans l'attachement complexe aux personnages. Car si ils sont du bon côté de la barrière (ils poursuivent un tueur), s'ils sont sympathiques (ils sont globalement drôles) ils n'en abusent pas moins de leur autorité jusqu’à torturer des innocents. Ce positionnement crée une gène qui ne lâchera pas le spectateur tout au long du film, subissant l'histoire au même titre que ses protagonistes.
Une fois passé la différence culturelle (les acteurs coréen sont beaucoup plus expressif que les
européens) les acteurs se révèlent excellent. Sans l'ombre d'un doute, Song Kang-Ho est celui qui s'illustre le plus. L'acteur, qu'on retrouvera dans The Host, Le bon, la brute et le cinglé ou Thirst, est incroyable, sachant à la fois être sympathique et totalement flippant. Kim Sang-kyung est moins impressionnant mais son rôle de héros torturé n'offre pas autant de possibilités.
Enfin, la musique est également d'une grande beauté. Composé par Taro Iwashiro, elle évoquera beaucoup le travail nostalgique et mélancolique de Kenji Kawai sur les films de Kitano.
Je ne vais pas insister plus que ça car le film n'a rien de spectaculaire et je risquaerais de vous le gâcher à en faire trop. Il est juste très bien réalisé et a fait souffler un vent nouveau sur le genre du thriller à l'époque. Aujourd'hui, il pourra sembler un peu convenu tant il a été pillé depuis mais ça n'en reste pas moins un film magnifique. On trouvera peut-être que je le surnote mais à sa sortie, Memories of Murder m'a vraiment chamboulé, et le revoir me suscite encore beaucoup d'émotion. Il restera toujours un de mes films cultes et une des raisons qui font que j'apprécie autant le cinéma Coréen.


Conclusion:

Un film culte, une oeuvre forte qui a marquée le cinéma. Un ovni mélangeant un univers très sombre avec un humour absurde. La bêtise et l'horreur du monde résumé en 2h10.



l'affiche original du film en France, je la trouvais plus juste avec son côté décalé

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