Alors que d'immondes pirates mettent en danger notre sacro-saint petit écran à coup de téléchargements illégaux, un homme, un surhomme que dis-je, se dresse seul pour défendre la ménagère de moins de quarante ans et les CSP+. Ce héros se nomme: El programator.
(retrouvez la sélection télé chaque midi sur la page facebook)

lundi 13 novembre 2017

Mise à mort du cerf sacré

En 2015 je découvrais Yórgos Lánthimos avec The lobster un film totalement improbable et très poétique qui m'avait donné envie d'en découvrir plus sur le réalisateur. Il nous revient aujourd'hui avec un drame que le trailer annonçait particulièrement malsain doublé d'une palme d'or du meilleure scénario (ex-æquo avec Beautiful day) plutôt rassurante. Voyons cela en détail.





Date de sortie : 1 novembre 2017
Durée : 2h 01min
Réalisateur : Yórgos Lánthimos
Casting : Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan
Genres : Drame, Fantastique
Nationalité : Britannique


Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement


Synopsis :

Chirurgien respecté à qui tout réussi, Steven a pris sous son aile le jeune Martin, un adolescent mal dans sa peau qui a perdu son père. Alors qu'il se décide enfin à présenter le garçon à sa famille, Steven réalise que son protégé pourrait avoir un but caché et vouloir le pousser à l'irréparable.

Critique:

Ok, soyons franc, je n'ai rien pigé à ce film.
Si la trame de fond est simple, efficace et vraiment prenante (un garçon se venge du médecin qu'il tient responsable de la mort de son père) la narration est complètement abusée. A priori, le film est fantastique mais le fantastique permet juste de justifier les trous du scénario (soi la pire utilisation possible du genre).
Pourquoi essayer de perfectionner son histoire quand on peut tout justifier par la magie ?
Alors, je n'exclu pas la possibilité d'être passé à côté de quelque chose, le réalisateur semble avoir réfléchi son projet, il y a de vrais parti-pris artistiques notamment l'utilisation presque systématique des traveling avant ou arrière (même si là encore je ne comprend pas l'idée). La caméra est souvent très aérienne et donne une dimension perturbante à des scènes pourtant ordinaire. L'impression omniprésente qu'une force supérieure plane sur les personnages renforce le malaise de l'histoire. En terme d'ambiance, le réalisateur a réussi son coup, il n'y a rien à redire là-dessus. Les relations entre les personnages sont vraiment perturbantes et le réalisateur accumule les situations simples et pourtant malaisantes. (la discussion sur les poils des gamins par exemple)
Pour cela, il a su s'entourer d'un beau casting,  Nicole Kidman (Les proies, Stoker, Eyes wide shut, etc) est vénéneuse comme rarement dans ce rôle de femme très ambiguë. A ses côtés Colin Farrell (The Lobster, Total Recall, etc) est plutôt efficace même si son rôle lui offre assez peu de nuance de jeu, le personnage étant totalement dans le contrôle. A noter que les deux acteurs s'étaient déjà croisé cette année sur les proies, il semble que leur présence respective dans un film ne soit pas vraiment gage de qualité. Enfin, impossible de ne pas citer les enfants. Leur rôle est vraiment compliqué et pourtant ils s'en sortent remarquablement. Mention spéciale à Raffey Cassidy (Blanche Neige, Dark Shadow, etc) dans un rôle complexe qui lui offre plusieurs belles scènes et surtout à Barry Keoghan (Dunkerque, etc) qui porte le film de son air paumé inquiétant.
Niveau musique enfin, le film est très lyrique avec beaucoup de musique classique, ce qui renforce l'effet décalé et le malaise.
Globalement, il y a plein de bonnes choses dans ce film et j'aurais aimé l'apprécier, il aurait juste fallut que l'histoire ait un sens réel plutôt que de fonctionner sur un mode que j'imagine métaphorique (voir de ne pas fonctionner du tout). Je serais curieux de voir la délibération qui a mené à offrir une palme à ce scénario, ça semble tellement ubuesque que ça en devient presque parodique comme l'illustration de l'éternel conflit entre les critiques et le publique.


Conclusion :

Avec un pitch très séduisant, une palme du meilleur scénario, un beau casting et une superbe réalisation, ce film avait tout pour me plaire. Mais je dois admettre n'avoir rien compris (s'il y a vraiment quelque chose à comprendre) et m'être un peu ennuyé devant cette inepte histoire de vengeance.

lundi 6 novembre 2017

Au revoir là-haut

4 ans, il aura fallut attendre 4 ans avant de retrouver l'excellent Dupontel derrière la camèra. Mais pour l'occasion, il fait les choses en grand, après le remarquable 9 mois ferme il nous revient avec un film très ambitieux, trop peut-être, c'est ce que nous allons voir.






Date de sortie 25 octobre 2017
Durée : 1h 57min
Réalisateur : Albert Dupontel
Casting : Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte
Genre : Comédie dramatique
Nationalité : Français

Synopsis :

Edouard et Albert ont survécu à la première guerre mondiale, mais à quel prix ?
Désormais inadaptés à la vie civile, ils décident de monter une arnaque aux monuments aux morts pour se venger de cette société qui les rejette.

Critique :

Depuis le fabuleux Bernie, j'ai toujours porté beaucoup d'attention au cinéma d'Albert Dupontel ( Enfermés dehorsLe vilain, etc). L'ancien comique a vite fait montre d'un style très personnel, ce n'est d'ailleurs pas sans raison que Terry Gilliam a déjà accepté de faire des apparitions dans les films du réalisateur français à plusieurs reprises. Dupontel est un cinéaste rare, un artiste à la fois modeste dans ses objectifs et très ambitieux dans leur réalisation.
Avec Au revoir la-haut, le réalisateur passe un cap dans sa carrière en s'attaquant à un film très complexe et un budget conséquent.
La bande annonce frappait très fort et annonçait un univers aussi fou qu'habituellement mais cette fois complètement démesurée (costume, foule, bataille, etc), une oeuvre à la hauteur d'un Caro et Jeunet (La cité des enfants perdus, un long dimanche de Fiançailles, etc). Mais on commence à connaitre le problème des bandes annonce, il s'agit souvent de publicités mensongères peu révélatrice du contenu réel d'un film.
Et c'est malheureusement un peu le cas ici.
Si on retrouve bien les moments de folie très réjouissants de la bande annonce, ils ne sont que d'infimes parenthèses dans l'ensemble d'un film qui se veut beaucoup plus conventionnel.
Alors, entendons nous bien, ça reste très impressionnant. Cela fait un moment que Dupontel a pris le goût des mouvements de caméra, il nous avait d'ailleurs gratifié d'un plan séquence très impressionnant dans 9 mois ferme et cette fois encore le réalisateur se fait plaisir mais dans des scènes bien plus spectaculaires. Pour un premier film à gros budget, le réalisateur ne s'est pas laissé déborder et il a réussi a proposer un univers cohérent et très visuel original. Le tout soutenu par un casting particulièrement bon avec Laurent Lafite ( Elle, etc) décidément parfait dans le rôle du séduisant manipulateur sans remord, mais aussi Niels Arestrup (Un prophète, etc) toujours impeccable dans le rôle de l'homme puissant et bien sûr, la découverte Nahuel Perez Biscayart dans le rôle de la gueule cassée, de l'artiste brisé. Un rôle d'autant plus compliqué que l'acteur doit s'exprimer plus par le corps et les yeux que par le visage et la parole. Un véritable challenge qu'il remporte haut la main (avec l'aide toutefois des masques tous plus beaux les uns que les autres). Le casting féminin est également de haut vol avec
Emilie Dequenne (Les hommes du feu, Mobius, etc), Mélanie Thierry (Zero Théorem, La princesse de Montpensier, etc) et la jeune Héloïse Balster, même si on pourra une fois de plus reprocher qu'il ne s'agisse que de rôles de second plan sans réels enjeux pour l'histoire (mais c'est probablement inhérent au livre dont le film est adapté). Le vrai regret pour moi réside dans le rôle de Dupontel qui malheureusement joue Dupontel. Il incarne un rôle dans lequel on l'a déjà vu mille fois sans y apporter grand chose de plus et ça se révèle très frustrant pour un habitué comme moi. Il ne joue pas mal pour autant c'est juste que ça manque d'originalité et ça ne fait que renforcer un autre problème : le classicisme.
Si la trame de l'histoire est extrêmement forte avec des moments de poésie rares comme on peut le voir dans la bande annonce, la narration est d'un classicisme éculé si bien qu'on suit l'histoire sans jamais se laisser prendre au jeu ni même être vraiment ému. Il n'y a pas de réels enjeux et là où le film aurait pu être palpitant ou mystérieux sous un autre angle narratif, il s'avère juste convenu.
Je ne condamne pas le film pour autant, il lui reste suffisamment de qualité pour en faire un bon film, c'est juste que si Dupontel s'était laissé aller autant dans ce film que dans les précédents nous aurions clairement eu affaire à un chef d'oeuvre, une charge émotionnelle rare au lieu d'un sous un long dimanche de fiançaille.
Pour autant, je recommande chaudement ce film. D'une part parce que du "mauvais" Dupontel ça restera toujours meilleur que la majorité de ce qui se produit au cinéma et d'autre part parce qu'avec ce nouveau film le réalisateur prouve qu'il est tout à fait capable de se frotter à une grosse production et son prochain film, s'il est plus personnel, pourrait bien s’avérer époustouflant.

Note : Je rêve d'une exposition des masques, Cécile Kretschmar a fait un travail remarquable.


Conclusion :

Un très beau film dans lequel Dupontel confirme qu'il est un des plus grands réalisateurs Français contemporain. On regrettera tout de même qu'en se frottant à une histoire aussi ambitieuse le réalisateur ait perdu un peu de sa folie et livré un film trop conventionnel.

vendredi 3 novembre 2017

Zombillénium

Cela fait un moment que je surveille du coin de l’œil le projet Zombillénium. Je n'avais jusqu'ici jamais vraiment eu le temps de m'y plonger totalement mais la sortie du film me semblait le moment idéal pour ça. Je ne jugerai donc pas de la qualité de l'adaptation ici mais juste de la qualité du film.






Date de sortie : 18 octobre 2017
Durée : 1h 18min
Réalisateur : Arthur de Pins, Alexis Ducord
Casting : Emmanuel Curtil, Kelly Marot, Alexis Tomassian
Genres : Animation, Comédie, Aventure
Nationalité : Français


Synopsis :

Hector est père célibataire et inspecteur des normes de sécurité. La colère le pousse à s'attaquer à l'attraction locale : le parc Zombillenium. Une décision qui fera de lui le nouveau monstre de foire du parc, condamné à tout faire pour sauver l'établissement de la faillite sous peine de finir aux enfers avec tous ses nouveaux camarades.



Critique :

Zombillenium est une BD d'Arthur de Pins sortie en 2010 après une pré-publication dans le magazine Spirou. Le film est, de ce que j'ai compris, une adaptation assez libre de la bd puisque les personnages principaux ne sont pas les même bien que les péripéties de leurs deux histoires soient proches. L'histoire du film décevra donc peut-être les fans du média d'origine qui pourront se sentir trahi par ces modifications mais le spectateur moyen ne remarquera rien et pourra pleinement profiter de cette nouvelle histoire.
D'autant qu'elle est vraiment réussie, l'auteur mélange beaucoup d'influences pour livrer une histoire sociale, très ancrée dans notre culture, où d'anciens mineurs se voient forcé d'animer un parc de monstres pour éviter qu'une délocalisation ne les envoie en enfer. Un fond très lourd donc pour une forme beaucoup plus légère et fun.
A cela s'ajoute des personnages bien caractérisés. Que ce soit Gretchen la sorcière rebelle, Sirius le squelette délégué du personnel ou même Hector le nouveau venu, tout ce petit monde se révèle cool, drôle et attachant. Si le personnage principal est très clairement Hector, Gretchen tire vraiment son épingle du jeu et c'est un personnage super cool, ne serait-ce que parce qu'elle skate sur son balais.
Graphiquement, les réalisateurs ont réussi à trouver leur propre style et a se distinguer des production 3D souvent trop semblable. Le début est un peu difficile, notamment à cause du mélange 3D/images réelles pour les décors qui donne un rendu assez particulier. Pourtant on s'habitue vite et on y prend même goût. Les designs sont également inventifs et parfois très drôle comme celui du cerbère. J'apprécie également que l'action se déroule dans le Nord de la France de façon vraiment évidente, on retrouve toutes les particularité de la région (maison de briques rouges, champ à pertes de vues, etc) et cela confère au film une esthétique vraiment rare.
Musicalement, là encore il y a du beau travail avec notamment un morceau écrit et interprété par Mat Bastard, le chanteur de Skip the Use, ainsi qu'une cover totalement improbable d'une chanson française très connue et qui confère une saveur délicieusement décalé à une scéne dramatique
Pour conclure, je dirais que ce film d'animation est une excellente surprise. C'est drôle, frais et ça exploite tout un aspect culturel souvent sous-estimé de notre culture (la région nord), si le film se destine à un public jeune, il ne les prend pour autant pas pour des idiots et leur fait découvrir un contexte inhabituel pour une fiction jeunesse (le monde de l'entreprise) bref le meilleur choix du moment si vous devez aller au cinéma avec des enfants.



Conclusion :

Très belle surprise que ce Zombillenium. Si le début peut déstabiliser un peu et faire craindre le pire, on se laisse vite emporter par cette histoire à l'univers riche et aux personnages haut en couleur. Un excellent film familial.

Pour mémoire, le clip très cool qui servait de prologue au film et a permis d'estimer la viabilité du projet.